Dans notre société, le désir et le sexe s’affichent partout : dans les publicités, à la télévision, sur les affiches langoureuses pour un parfum ou du café…. Il est devenu impossible d’y échapper. A tel point que certains nouveaux stéréotypes de normalité finissent par envahir l’inconscient collectif. Les solos qui subissent leur abstinence ou ceux qui la choisissent ont de plus en plus souvent l’impression d’être montré du doigt. Est-il normal de ne pas vouloir séduire ? De rester seul(e) trop longtemps ? Est-il possible de vivre sans sexe ?
Les multiples visages des abstinents
Il y a autant de profils d’abstinents que d’individus. Et même chez les veufs ou les divorcés, il n’y a pas qu’un seul et même visage de l’abstinence ! Ce sont plutôt certaines caractéristiques qui se détachent et qui permettent d’identifier quelques motivations communes.
Il y a d’abord tous ceux qui font le deuil de leur précédente relation et qui ne sont pas encore prêts à se lancer dans une nouvelle aventure amoureuse, fût-elle éphémère. Il y a aussi ceux qui attendent de rencontrer la bonne personne, et tous ceux qui sont enfermés dans leur solitude. Chez certains, il s’agit aussi d’une volonté consciente et choisie de faire une pause sensuelle pour prendre le temps de se retrouver.
Chacun gère alors l’abstinence en fonction de sa personnalité et de son vécu. Il faut en effet tordre le coup aux idées reçues : les abstinents ne sont pas tous des seniors ! Ce phénomène concerne toutes les tranches d’âges, toutes les catégories socio-professionnelles, et il tend à s’amplifier avec l’augmentation du nombre de divorces. Hommes et femmes peuvent ressentir une frustration identique face à cette situation, même si elle est basée sur des fondements différents. Selon certains psychologues, les hommes se sentiraient plus démunis dans l’image qu’ils se font de leur virilité et dans le besoin de communiquer aussi leur tendresse par le sexe, tandis que chez les femmes c’est plutôt le manque affectif lié à relation de couple qui est douloureux.
Le rôle de l’entourage
L’entourage a aussi un rôle à jouer dans le rapport complexe que les abstinents entretiennent avec leur sexualité. L’abstinence dérange, elle est souvent perçue comme étant « anormale » et révélatrice d’un problème profond. Les réflexions maladroites fusent, et chacun se sent libre de donner son opinion, de commenter, d’interroger….et parfois même de conseiller (« Si j’étais toi…. »). Le solo doit alors justifier de son équilibre, convaincre et argumenter autour de cet aspect si intime de sa vie privée.
Une situation d’autant plus mal vécue que les proches mariés ou pacsés sont rarement l’objet d’une telle curiosité sur la (non) sexualité de leur couple. Dans ce contexte, il est alors difficile de ne pas se remettre en question ! Pourtant, la position adoptée par l’entourage reflète surtout la place et l’image que chacun se fait de sa propre sexualité. Quelqu’un qui est profondément dérangé par l’abstinence exprime surtout un mal-être dans son rapport au sexe.
La journaliste Sophie Fontanel, abstinente volontaire, témoigne notamment dans son livre « L’envie » de son ressenti face à l’incompréhension des autres : « Une personne qui ne fait plus l’amour est perçue comme une « bête curieuse ». Cela renvoie les gens à toutes les compromissions qu’ils font pour ne surtout pas être seul. Que quelqu’un choisisse d’aller vers la solitude leur fait peur. »
Même si c’est difficile, il ne faut donc pas se laisser culpabiliser ou même rabaisser par des propos qui relèvent le plus souvent de la psychologie de comptoir ! La seule arme pour se défendre reste la pédagogie…et la fermeté : il faut expliquer que l’absence de relations sexuelles ne signifie pas l’absence de sentiments, et ne pas hésiter aussi à poser ses limites (« Je comprend que tu t’inquiètes mais il s’agit d’un aspect de ma vie qui ne regarde que moi. »)
L’abstinence : une thérapie ?
Lorsqu’elle est mûrement décidée, l’abstinence peut être vécue comme une libération et une source de satisfaction. Le manque existe, inévitablement, mais il s’agit surtout pour chacun de pouvoir se réapproprier « sa » sexualité et réfléchir à la place qu’elle doit occuper dans sa vie. L’abstinence, plus ou moins longue, devient alors une opportunité pour renouer avec soi, avec ses envies et ses motivations profondes. Pour beaucoup, elle est une manière de redonner un sens à ce partage avec le sexe opposé. Fatigués par les rencontres d’un soir ou par celles qui ne tiennent que par la force des habitudes, les abstinents revendiquent le plus souvent l’envie d’une sexualité qui rime aussi avec une vraie intimité de vie et de complicité.
Avec ou sans le soutien d’un psychologue, elle est alors parfois une vraie thérapie… à condition qu’elle ne soit construite autour d’un rejet total de la place du corps. Le sexe retrouvera alors tout naturellement sa place dans la vie de l’abstinent lorsqu’il aura rencontré l’amour.
Nathalie Anjou