Abstinence sexuelle : choix ou contrainte ?

17 décembre 2011

Dans notre société, le désir et le sexe s’affichent partout : dans les publicités, à la télévision, sur les affiches langoureuses pour un parfum ou du café…. Il est devenu impossible d’y échapper. A tel point que certains nouveaux stéréotypes de normalité finissent par envahir l’inconscient collectif. Les solos qui subissent leur abstinence ou ceux qui la choisissent ont de plus en plus souvent l’impression d’être montré du doigt. Est-il normal de ne pas vouloir séduire ? De rester seul(e) trop longtemps ? Est-il possible de vivre sans sexe ?

 

Les multiples visages des abstinents

Il y a autant de profils d’abstinents que d’individus. Et même chez les veufs ou les divorcés, il n’y a pas qu’un seul et même visage de l’abstinence ! Ce sont plutôt certaines caractéristiques qui se détachent et qui permettent d’identifier quelques motivations communes.

Il y a d’abord tous ceux qui font le deuil de leur précédente relation et qui ne sont pas encore prêts à se lancer dans une nouvelle aventure amoureuse, fût-elle éphémère. Il y a aussi ceux qui attendent de rencontrer la bonne personne, et tous ceux qui sont enfermés dans leur solitude. Chez certains, il s’agit aussi d’une volonté consciente et choisie de faire une pause sensuelle pour prendre le temps de se retrouver.

Chacun gère alors l’abstinence en fonction de sa personnalité et de son vécu. Il faut en effet tordre le coup aux idées reçues : les abstinents ne sont pas tous des seniors ! Ce phénomène concerne toutes les tranches d’âges, toutes les catégories socio-professionnelles, et il tend à s’amplifier avec l’augmentation du nombre de divorces. Hommes et femmes peuvent ressentir une frustration identique face à cette situation, même si elle est basée sur des fondements différents. Selon certains psychologues, les hommes se sentiraient plus démunis dans l’image qu’ils se font de leur virilité et dans le besoin de communiquer aussi leur tendresse par le sexe, tandis que chez les femmes c’est plutôt le manque affectif lié à relation de couple qui est douloureux.

 

Le rôle de l’entourage

L’entourage a aussi un rôle à jouer dans le rapport complexe que les abstinents entretiennent avec leur sexualité. L’abstinence dérange, elle est souvent perçue comme étant « anormale » et révélatrice d’un problème profond. Les réflexions maladroites fusent, et chacun se sent libre de donner son opinion, de commenter, d’interroger….et parfois même de conseiller (« Si j’étais toi…. »). Le solo doit alors justifier de son équilibre, convaincre et argumenter autour de cet aspect si intime de sa vie privée.

Une situation d’autant plus mal vécue que les proches mariés ou pacsés sont rarement l’objet d’une telle curiosité sur la (non) sexualité de leur couple. Dans ce contexte, il est alors difficile de ne pas se remettre en question ! Pourtant, la position adoptée par l’entourage reflète surtout la place et l’image que chacun se fait de sa propre sexualité. Quelqu’un qui est profondément dérangé par l’abstinence exprime surtout un mal-être dans son rapport au sexe.

La journaliste Sophie Fontanel, abstinente volontaire, témoigne notamment dans son livre « L’envie » de son ressenti face à l’incompréhension des autres : « Une personne qui ne fait plus l’amour est perçue comme une « bête curieuse ». Cela renvoie les gens à toutes les compromissions qu’ils font pour ne surtout pas être seul. Que quelqu’un choisisse d’aller vers la solitude leur fait peur. »

Même si c’est difficile, il ne faut donc pas se laisser culpabiliser ou même rabaisser par des propos qui relèvent le plus souvent de la psychologie de comptoir ! La seule arme pour se défendre reste la pédagogie…et la fermeté : il faut expliquer que l’absence de relations sexuelles ne signifie pas l’absence de sentiments, et ne pas hésiter aussi à poser ses limites (« Je comprend que tu t’inquiètes mais il s’agit d’un aspect de ma vie qui ne regarde que moi. »)

 

L’abstinence : une thérapie ?

Lorsqu’elle est mûrement décidée, l’abstinence peut être vécue comme une libération et une source de satisfaction. Le manque existe, inévitablement, mais il s’agit surtout pour chacun de pouvoir se réapproprier « sa » sexualité et réfléchir à la place qu’elle doit occuper dans sa vie. L’abstinence, plus ou moins longue, devient alors une opportunité pour renouer avec soi, avec ses envies et ses motivations profondes. Pour beaucoup, elle est une manière de redonner un sens à ce partage avec le sexe opposé. Fatigués par les rencontres d’un soir ou par celles qui ne tiennent que par la force des habitudes, les abstinents revendiquent le plus souvent l’envie d’une sexualité qui rime aussi avec une vraie intimité de vie et de complicité.

Avec ou sans le soutien d’un psychologue, elle est alors parfois une vraie thérapie… à condition qu’elle ne soit construite autour d’un rejet total de la place du corps. Le sexe retrouvera alors tout naturellement sa place dans la vie de l’abstinent lorsqu’il aura rencontré l’amour.

 

Nathalie Anjou

Parent solo : séduire avec un enfant ?

17 octobre 2011

Il y a cette scène, trop souvent vécue par les parents solos. Un homme et une femme se sont donnés un premier rendez-vous dans un restaurant pour apprendre à mieux se connaître. Ils se plaisent, et l’envie de séduire est là. Tout se passe bien, jusqu’au moment où l’un des deux parle de son statut de parent et évoque l’existence de ses enfants. En face, il y a une réaction de surprise, plus ou moins expressive, parfois même une gêne. Par la suite, ils ne se reverront pas.

Mais faut-il pour autant en déduire que séduire et rencontrer quelqu’un est un eldorado impossible à atteindre pour les parents solos ? Bien au contraire….

 

Apprendre à se dissocier du refus

Après un divorce ou une séparation, la confiance et l’estime de soi sont souvent fragilisées. Il faut faire le deuil du couple, regarder certaines relations s’éloigner, et surtout réapprendre à se forger une existence seul(e). Lorsqu’il y a un enfant, la situation est d’autant plus complexe qu’il faut aussi prendre sur soi pour le rassurer et atténuer son angoisse de la séparation. Le parent va alors « s’oublier » pour le réconforter et lui construire un nouvel environnement stable dans lequel il pourra s’épanouir.

Lorsque vient le temps des premières sorties et des premières rencontres, les blessures narcissiques sont loin d’être cicatrisées.  Il est difficile de se soumettre au regard des autres lorsqu’on peine encore à affirmer sa personnalité et à croire en soi. Dans le domaine amoureux, cette pression est encore plus vive. Le refus de l’Autre d’approfondir cette relation est alors perçu comme un véritable rejet de soi et de son enfant. Dans ce contexte, il est important d’apprendre à canaliser ses émotions et de prendre du recul pour analyser la situation.

En effet, cet Autre qui vous plaisait est aussi une personne, avec son vécu et son ressenti, et son refus peut s’expliquer de multiples façons. Les célibataires sans enfants peuvent craindre que la relation exige trop rapidement un véritable engagement, voire même que le parent solo soit trop accaparé par ses enfants pour s’intéresser réellement à eux.

Et les autres parents solos peuvent avoir des appréhensions ! Il y a la peur d’avoir à tout recommencer si les enfants ont un écart d’âge important, celle de ne pas pouvoir assumer financièrement une famille plus grande, celle de fréquenter un être aussi fragile que soi…. Sans compter que certains ont pu vivre une histoire malheureuse avec un parent solo et que le refus s’explique alors par un simple réflexe de protection envers une relation évocatrice de souvenirs douloureux.

Si vous avez déjà vécu une situation similaire, vous savez qu’il n’est pas toujours facile d’être rationnel. Pourtant, quelque soit les raisons de votre conquête, il est essentiel d’être compréhensif et rassurant. Montrez à votre partenaire qu’il/elle vous plaît, que vous voulez prendre le temps de la découverte et de la séduction. Et si cela ne fonctionne toujours pas, dites-vous que cette personne n’était tout simplement pas pour vous. Sans juger.

D’ailleurs, des histoires comme celles là arrivent aussi aux célibataires, aux divorcés sans enfants…. Elles reflètent surtout la complexité de l’être humain et ne rendent que plus belles la magie de la « bonne » rencontre. Continuez votre chemin et allez au-devant des autres, vous finirez par croiser celui ou celle que vous attendez.

 

Être parent isolé, un atout séduction ?

Une récente étude réalisée par un site de rencontre vient de mettre en lumière une nouvelle tendance dans la société française. Après avoir interrogé près de 3000 personnes de plus de 25 ans, il apparaît que pour 42 % d’entre elles, la question des enfants n’a plus d’importance en matière de séduction.

Il y a mieux : en observant les statistiques des sites de rencontre, on s’aperçoit que les parents solos sont beaucoup plus sollicités que les célibataires sans enfants.

Pourquoi un tel phénomène ? Avec la multiplication des divorces, les parents solos sont de plus en plus nombreux. Spontanément, ils vont alors rechercher quelqu’un qui a le même profil qu’eux et qui puisse comprendre leur statut de parents. Les appréhensions liées au premier rendez-vous s’en trouvent diminuées d’autant.

L’autre atout majeur des parents solos tient à l’image qu’ils renvoient aux autres. Comme ils sont impliqués dans l’éducation d’un ou de plusieurs enfants, ils sont perçus comme fiables et responsables, avec une réelle capacité à s’engager. Autant de qualités très appréciées de toutes celles et de tous ceux qui fuient les relations d’un soir.

Alors il n’y a pas de fatalité ! Peut-être que le meilleur tremplin pour briser la solitude est de commencer par s’accepter et par s’aimer tel que l’on est, avec ou sans enfants. Sortez, nouez de nouvelles amitiés, soyez ouverts aux autres…et profitez de la vie !

 

Nathalie Anjou

Équilibrer les éducations dans une famille recomposée

9 juillet 2011

Jusqu’à quel âge faut-il permettre à son enfant de se lever de table avant la fin du repas ? L’autoriser à avoir un téléphone portable ? A quelle heure doit-il se coucher ? A quelles tâches domestiques doit-il participer ? L’éducation des enfants soulève pour les parents de nombreux questionnements auxquels chacun veut apporter sa propre réponse. S’entendre et parvenir à harmoniser sa position vis-à-vis de l’enfant est un véritable défi quotidien qui suppose une forte communication dans le couple. Mais comment conserver un équilibre lorsque la séparation survient ? Entre la garde alternée, les tensions entre les ex-conjoints, l’arrivée d’un beau-parent et parfois même de ses enfants, il est difficile de ne pas se sentir déboussolé. Pourtant, ce sentiment de désarroi éprouvé par les parents ne doit pas leur faire perdre de vue l’essentiel : l’intérêt de l’enfant.

 

Divorcés…mais toujours parents

Lorsque le divorce a été douloureux et conflictuel, les ex-époux en souffrance oublient parfois de préserver leur enfant des querelles qui les opposent. Multiplier les critiques et les remarques amères sur l’autre conjoint va pourtant avoir un effet pervers. Pris à témoin, l’enfant n’a pas la capacité psychique de prendre du recul et d’analyser la situation..Pour lui, surtout s’il est très jeune, les mots prononcés sont le reflet de la réalité et, même inconsciemment, il ne voudrait pas avoir à les entendre. A chaque fois qu’il est avec son père ou sa mère, il éprouve alors de la culpabilité, liée à l’impression de trahir l’autre parent.

La retenue est donc de mise, même si elle n’est pas toujours facile à assumer. D’ailleurs, après la dissolution du couple, l’autorité parentale s’exerce encore à deux : les décisions concernant la sécurité, la santé ou la scolarité de l’enfant doivent être prises ensemble. En revanche, au sein du foyer, chacun peut librement organiser les règles de vie quotidienne….en y intégrant le nouveau partenaire lorsque une nouvelle famille se recompose.

 

L’éducation dans le foyer recomposé

Dans ce cocon familial qui se reforme, deux cas de figures peuvent se présenter. Parfois, les deux partenaires ont une vision similaire de l’éducation, ce qui leur permettra d’élever les enfants ensemble beaucoup plus facilement. Mais il arrive aussi que cela ne soit pas le cas.

Chaque partenaire a son propre passé, ses références éducatives et culturelles, et son modèle éducatif peut être radicalement opposé à celui de l’autre. Lorsqu’il n’y a qu’un enfant, le parent biologique et le beau-parent vont devoir discuter et définir les règles régissant la vie commune. Le parent biologique devra ensuite les relayer auprès de l’enfant.

La situation se corse lorsque les deux membres du couple ont des enfants, élevés de façon radicalement opposée. Il est alors très important de négocier dans un respect mutuel….quitte à faire quelques concessions. Même s’il est parfois tentant de se dire « chacun s’occupe de l’éducation de ses enfants », les enfants vivent malgré tout ensemble une grande partie du temps et les différences éducatives peuvent les perturber. Etre sévère avec les uns et moins avec les autres, permettre à certains de se lever de table quand les autres doivent rester assis, fixer ou non des horaires pour faire les devoirs selon qu’il s’agit des enfants de l’un ou de l’autre….autant d’attitudes de « cohabitation » qui divisent au lieu de souder.

Y a t-il pour autant un modèle de famille recomposée qui soit parfait ? Sûrement pas. Chacun doit prendre le temps de trouver sa place, d’apprivoiser ce rapport à l’autre, et d’avancer pas à pas vers une harmonie familiale.

 

L’enfant et la nouvelle fratrie

Suite à un divorce ou à une séparation, la vie de l’enfant subit un changement radical. En fonction des modalités fixées pour sa garde ou des disponibilités des parents (éloignement géographique, impératifs professionnels, problèmes de logement…), le temps qu’il partage avec son père ou sa mère peut lui sembler extrêmement court.

Comment alors, pourrait-il ne pas éprouver de la jalousie en voyant son parent s’occuper aussi des enfants d’un(e) autre ? D’ailleurs, si l’enseignement du respect mutuel à toute la fratrie est indispensable, il faut aussi accepter que l’idée que l’amour n’est jamais une obligation. A l’instar des adultes, les enfants vont développer ou non une complicité selon leur caractère et leurs affinités.

L’essentiel est alors de préparer ses visites pour qu’il se sente réellement comme un membre à part entière du foyer recomposé. Les sorties en famille vont par exemple contribuer à créer des liens, à favoriser l’échange et la communication. Mais il ne faudrait pas oublier les têtes-à-têtes entre le parent et son enfant : ces moments précieux permettent les confidences et rassurent surtout l’enfant sur sa relation préservée avec son père ou sa mère.

De même, lorsqu’un bébé vient concrétiser la nouvelle union, il faut laisser l’enfant exprimer ses inquiétudes et ses appréhensions. La crainte d’être délaissé ou rejeté avec l’arrivée du nouveau-né est parfaitement naturelle ! Par la suite, un sentiment de sécurité va aussi voir le jour : ce bébé formalise la relation entre son parent et son conjoint, il n’a plus à redouter l’éclatement du foyer.

 

Nathalie Anjou

Le point sur les familles recomposées

15 juin 2011

Qui sont ces nouvelles familles, devenues un des symboles caractérisant nos sociétés contemporaines ? D’après l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques), une famille recomposée est constituée, dans sa version la plus simple, d’un couple d’adultes ayant eu au moins un enfant lors d’une précédente union. Cette définition, assez vaste, a le mérite de fournir un dénominateur commun à des situations très contrastées : qu’ils soient mariés, pacsés, ou en union libre, ces couples peuvent avoir un ou plusieurs enfants ensemble, voire aucun, puis se séparer…. et former par la suite une nouvelle famille recomposée.

Comment alors regrouper au sein d’une même analyse des profils complexes et évolutifs dans le temps ? En 2011, il semble encore impossible de trouver des chiffres explicites pour dresser un portrait type de ces familles d’un nouveau genre. Valeur refuge dans une société contemporaine difficile, la famille se vit désormais comme un espace d’épanouissement relationnel. Les liens entre les membres d’un même foyer ne sont plus seulement institutionnels mais affectifs. Pourtant, alors que l’augmentation des divorces et des séparations est une réalité, l’INSEE avoue manquer d’éléments de comparaison fiables pour savoir, par exemple, s’il y a réellement plus d’enfants vivant en famille recomposée de nos jours qu’il y a 10 ou 20 ans. Seule certitude : «  les familles recomposées n’augmentent pas dans la société française de manière aussi forte et régulière que les ruptures d’unions ou les familles monoparentales. »

Il existe pourtant une étude sur le sujet, réalisée en 2006 et publiée par l’INSEE en 2009. Malgré sa relative ancienneté, elle apporte des éclaircissements intéressants sur les membres des familles recomposées. L’enquête révèle notamment que 9% des enfants mineurs vivaient déjà il y a 5 ans dans une famille recomposée. Les 2/3 tiers d’entre eux grandissent auprès d’un parent et d’un beau-parent, les autres étant nés à la suite de la recomposition familiale.

Par conséquent, il y a souvent un écart d’âge significatif, de 7 ans en moyenne, entre l’aîné des enfants de la nouvelle union et ses demi-frères ou demi-sœurs. De même, leurs mères ou belle-mères sont en en général plus âgées que dans les familles traditionnelles : 38, 2 ans contre 37, 5 ans dans le deuxième cas. Mais dans ce cas là, les chiffres ne font que traduire une situation prévisible, quand elle n’est pas inévitable. La création d’un second foyer suppose nécessairement du temps : celui lié à la rupture du premier couple, mais aussi celui de la reconstruction personnelle et d’une nouvelle relation amoureuse. Les couples qui se créent alors suivent dans leur grande majorité le schéma classique de l’homme plus âgé que la femme. A un détail près : dans 1/3 des cas, c’est la femme qui est la doyenne du couple alors que cette proportion est ramenée à une fois sur cinq dans les familles traditionnelles.

Dans la même étude, des données mettent en lumière les fêlures et la fragilité des adultes qui composent ses familles recomposées. Les pères et les mères y sont sensiblement moins diplômés que dans les familles traditionnelles, et leur position sur le marché du travail est relativement précaire. Malgré une volonté indéniable de trouver un emploi, qui se traduit par une forte appartenance à la population active, elles sont plus fortement touchées par le chômage. Cela signifie t-il que les enfants courent un véritable risque de pauvreté ? Oui, mais si le risque existe, il est cependant à nuancer par rapport aux familles monoparentales : dans plus de 92 % des foyers recomposés, au moins un des deux parents travaille, alors que les familles monoparentales connaissent un taux de chômage qui avoisine les 31 %.

La portée de cette étude est néanmoins à relativiser. Pour la petite histoire, il faut savoir que les études statistiques ne prennent en compte que les habitants du logement. En clair, cela signifie que lorsque les enfants, le plus souvent à l’âge adulte, quittent le foyer pour voler de leurs propres ailes, ils ne sont plus comptabilisés dans la même catégorie. La « famille recomposée », qui n’a plus sous son toit que les enfants nés de la dernière union, est alors répertoriée comme une « famille traditionnelle ». Une situation un brin ironique pour tous les séparés avec enfants qui reviennent ainsi à la « case départ » : après avoir quitté la sphère de la famille traditionnelle suite à leur divorce, ils sont devenus des familles monoparentales, puis des familles recomposées et enfin à nouveau des familles traditionnelles. Comme quoi, les analyses chiffrées ne sont pas toujours capables de rendre compte de la diversité et de la subtilité des relations humaines…

Nathalie Anjou

La France, un pays de célibataires ?

8 mai 2011

Faute d’études statistiques récentes, il est impossible de chiffrer avec précision le nombre de célibataires en France. La dernière étude de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques) remonte à 2004 : à cette époque, les célibataires représentaient 14 % de la population, soit environ 8,3 millions de personnes. En y ajoutant les veufs, les divorcés, les familles monoparentales, et les célibataires hébergeant un de leurs parents, ce statut concernait en réalité de 13 à 15 millions de personnes. Nul doute qu’aujourd’hui ils sont encore plus nombreux….

Pourquoi un tel phénomène ?

Il y a autant de célibats que d’individus. Chez certains, la vie en solo est pleinement assumée voire même revendiquée. Mais elle est aussi, et de plus en plus, subie. Si le nombre de célibataires a quasiment doublé en 30 ans, c’est avant tout la conséquence directe de mutations sociales profondes.

L’allongement de la durée des études et la peur de l’engagement face à un marché économique instable conduit les 18-30 ans à quitter le foyer familial…pour vivre seuls. Ou seules. L’évolution du statut de la femme a en effet contribué à renforcer cette tendance au célibat chez les jeunes : jusqu’aux années 60, et parfois même par la suite, les jeunes filles ne quittaient le domicile parental que pour rejoindre celui du couple.

Jusqu’à 50 ans, le boom de la vie en solo est directement lié à celui des divorces. Près d’un mariage sur trois, voire un sur deux dans les grandes villes, se solde par une séparation. Blessés par la vie, les divorcés doivent aussi faire face à de nombreux obstacles matériels accrus lorsqu’il y a des enfants. En effet, comment jongler entre les transports, son travail, la garde et l’éducation des enfants, tout en restant disponible pour multiplier les opportunités de rencontres ?

Une étude du CSA, publiée en avril 2011 dans le Parisien, révèle que 40% des femmes ont peur de devoir assumer seules la charge de leur enfant. Les problèmes soulevés par les parents (hommes ou femmes) sont notamment pour la moitié d’entre eux « le manque d’aides financières de l’Etat », mais aussi « la difficulté à concilier sa vie professionnelle et personnelle » (28 %) et enfin « le manque de solutions de garde d’enfants » (11%). Cette crainte de se retrouver complètement isolés est d’ailleurs loin d’être infondée : il y a près de 2 millions de foyers monoparentaux en France,. Parmi eux, 85% sont composés de la mère seule avec ses enfants.

Enfin, l’augmentation de la durée de vie impacte inévitablement la vie des seniors. Les femmes, qui vivent plus longtemps que les hommes, sont les premières concernées par ce célibat retrouvé. En 2010, selon l’INSEE, leur espérance de vie était en moyenne de 84,8 ans contre 78,1 ans chez les hommes.

Des profils contrastés

Dès qu’un mouvement de fond prend corps dans la population française, il est aussitôt analysé et quantifié pour devenir un « marché » commercial à part entière. En matière de célibat, les solos se retrouvent confrontés à deux tendances contradictoires. D’un côté, ils sont promus « aventuriers des temps modernes », plus sexys et tendance que le couple catalogué ringard et ennuyeux. Mais en même temps, toutes les occasions sont bonnes pour leur vendre méthodes et conseils afin de découvrir la personne idéale.

Des clubs de voyages spécialisés aux speed dating en passant par des produits aux emballages individuels, ce ne sont pas les produits qui manquent. Cerise sur le gâteau, la pression sociale renforce le désarroi des solos : quelque soit leur âge, amis et familles sont à l’unisson pour leur faire remarquer que le temps presse….

Pourtant, en réalité, la seule vérité qui compte, c’est la nôtre. Le célèbre « si j’étais à ta place » n’ a pas lieu d’être : personne ne sera jamais à notre place. A chacun de faire ses choix. Cette démarche, 90 % des célibataires semblent l’avoir compris : utilisateurs réguliers du Web, ils ont trouvé avec Internet un média leur permettant de redevenir les acteurs de leur vie. En échangeant avec d’autres solos pour partager vécu et conseils, ils brisent le cercle de la solitude et apprennent des expériences des autres. La parole, derrière l’anonymat d’un écran, peut se libérer et offrir plus d’authenticité. Elle aboutit aussi parfois à des rendez-vous « réels », mais elle permet surtout de comprendre, sans tabous, ce qui l’on est et ce que l’on veut sans avoir à culpabiliser. Par la suite, rien n’empêche alors de se connecter à un site de rencontre pour découvrir d’autres profils et oser vivre l’histoire qui nous convient, qu’elle soit éphémère ou durable.

Nathalie Anjou

Réussir le partage des biens

6 avril 2011

Lorsque la procédure de divorce est lancée, il est impératif de prendre quelques précautions pour réussir, le mieux possible, l’étape décisive du partage des biens. Dès le départ, il faut être vigilant sur la qualification qui va être donnée aux biens. Si comme 80 % des couples, vous n’avez pas rédigé de contrat de mariage, ce sont les règles de la communauté légale réduite aux acquêts qui vont s’appliquer.

Concrètement, cela signifie que le partage ne va porter que sur les biens communs du couple. Les « biens propres », qui composent le patrimoine personnel, pourront quant à eux être repris par chacun des époux. Ils sont constitués par tous les biens dont les époux avaient la propriété avant le mariage, mais aussi tout ce qui a été acquis par legs, succession ou donation. En outre, certains biens sont systématiquement considérés comme des biens propres : les instruments de travail nécessaires à la profession d’un époux, les créances incessibles, les vêtements à usage personnel, les biens à caractère personnel, et les dommages-intérêts qui ont pu être versés à la suite d’un dommage corporel ou moral.

Parfois, la situation est un peu plus complexe, notamment lorsque des biens achetés en commun viennent compléter un bien propre. Par exemple, lorsque des conjoints construisent une maison sur un terrain appartenant en propre à l’épouse, la maison devient un bien propre de l’épouse « par accessoire ». En contrepartie, celle-ci doit verser une « récompense » à la communauté équivalente à la valeur de la maison.

Mais encore faut-il pouvoir apporter la preuve que certains biens vous appartiennent en propre afin d’éviter qu’ils ne soient répertoriés dans l’ « état liquidatif » (un document qui récapitule l’actif et le passif du couple). De même, vous avez intérêt à faire une liste scrupuleuse des biens communs au couple.

Pour éviter toute mauvaise surprise, surtout quand les relations avec votre ex-conjoint sont particulièrement tendues, il est ainsi nécessaire de faire dresser un inventaire du mobilier garnissant le logement familial et les autres biens immobiliers du couple (résidences secondaires). A ce moment là, pensez à remettre à l’huissier l’ensemble des documents attestant de la valeur du mobilier pour qu’il puisse le mentionner sur son constat. Le recours à un commissaire-priseur peut aussi être très utile lorsqu’il n’y a pas de facture de référence ou lorsque le bien a pris de la valeur (œuvre d’art, mobilier ancien…).

Cette démarche, que certains n’osent pas entreprendre par crainte de jeter de l’huile sur le feu, est au contraire une garantie d’équité et de partage objectif des biens pour les deux conjoints. Sa fiabilité va éviter de laisser les doutes et les suspicions dégénérer en conflit.

De même, il est indispensable de mettre à plat la situation financière du couple pour séparer rapidement vos intérêts financiers. Quels sont les crédits à payer ? Quelle est la situation de vos différents comptes bancaires (personnels, professionnels, compte-joint, plans d’épargne…) ?

Regardez aussi quels sont les contrats d’assurance-vie en cours. Si les primes versées l’ont été avec des biens communs du couple (tels que les salaires ou la rémunération d’un époux), alors la valeur du contrat appartient au patrimoine commun. Il va de soi que le conjoint qui a souscrit l’assurance-vie peut révoquer son ex-époux de la liste des bénéficiaires, mais il devra rembourser les sommes versées par la communauté.

En parallèle, veillez à clôturer le compte-joint ou, si votre conjoint s’y oppose, d’imposer la double signature pour l’émission d’un chèque. Mais attention : même si vous ouvrez un compte personnel pour verser vos salaires et vos revenus, vous êtes toujours obligé de participer aux charges du ménage (paiement du loyer, des impôts…).

Souvent, les époux qui gèrent l’argent du ménage sont tentés de dissimuler certains contrats d’assurance-vie ou d’autres éléments de l’actif du couple en espérant pouvoir mettre certains fonds à l’abri. En réalité, le risque est considérable car ils se rendent alors coupables de « recel de biens communs ». Si le juge découvre l’existence d’une telle fraude (l’époux lésé a 30 ans pour agir !), il attribue l’intégralité des biens dissimulés à l’autre conjoint. A contrario, celui qui cacherait volontairement une dette commune devra l’assumer définitivement.

En tout état de cause, même si vous divorcez à l’amiable et que vous souhaitez parvenir à un accord avec votre conjoint sur le partage des biens, faites-vous assister par un avocat spécialisé. Pouvoir poser ses questions librement, avoir un soutien en cas de pressions et surtout les conseils d’un professionnel compétent est la meilleure garantie de parvenir à un partage des biens équilibré. Sans compter que le temps presse : la loi fixe désormais le délai a un an pour procéder à la liquidation puis au partage définitif des biens.

Nathalie Anjou

Comment bien choisir son avocat ?

9 mars 2011

Au moment d’un divorce, sélectionner un avocat fiable est une étape cruciale qui laisse beaucoup de personnes complètement désemparées. Comment être sûr(e) de ne pas de tromper ? Comment limiter le montant de la facture à payer ?

Pour éviter les mauvaises surprises, voici un récapitulatif des éléments à prendre en compte pour vous guider dans votre choix.

Prendre un avocat spécialisé

Pour trouver un avocat, il y a différentes options : le bouche-à-oreille, Internet, l’annuaire téléphonique ou encore la liste des avocats de votre département (elle est disponible dans les bureaux de l’ordre des avocats, en mairie, ou au tribunal le plus proche de votre domicile).

Mais attention : il est impératif de s’orienter vers des avocats spécialisés en droit de la famille, et plus particulièrement dans le divorce et les régimes matrimoniaux. N’écoutez pas les amis qui vous recommandent un avocat qui les a aidé à résoudre leurs conflits liés à une succession, une entreprise, ou un logement. Vous avez besoin de quelqu’un qui puisse être de bon conseil dans le domaine qui vous préoccupe : votre divorce. Un avocat, pour avoir le droit de revendiquer une spécialité, a du réussir un examen spécifique. Pour vous, c’est déjà une première garantie de compétence.

Pas d’ami(e) pour assurer votre défense

Il est toujours dangereux de mêler l’amitié à une procédure de divorce, et ce quelques soient les qualités professionnelles de votre ami. En effet, qu’adviendra t’il de votre relation s’il échoue à faire valoir vos droits vis-à-vis de la garde des enfants ou de vos prétentions financières? De même, un ami aura plus de difficultés à prendre le recul nécessaire pour vous apporter les conseils les plus pertinents : il va être influencé par la vision qu’il a de vous et de votre histoire de couple.

La première entrevue

Soyez attentif au comportement de l’avocat lors de ce premier entretien. Est-il réellement à l’écoute de votre situation ? Un bon avocat va comprendre vos préoccupations et vous conseiller avec pertinence sur la stratégie à suivre. De même, il doit s’exprimer de façon claire et facilement compréhensible : vous n’êtes pas juriste, et il le sait. S’il ne fait pas l’effort de vous permettre d’être partie prenante dans la procédure de divorce, alors il ne remplit pas sa mission.

En cas de doute, n’hésitez pas à prendre rendez-vous avec un autre avocat. La relation de confiance est en effet un critère de choix décisif.

Les tarifs

Dès votre première entrevue, il est important d’aborder la question du tarif de la procédure. Si votre avocat semble manquer de transparence ou s’il élude cette question, changez-en immédiatement.

Dans la mesure où les honoraires des avocats sont libres, vous devez vous attendre à de grandes différences de tarifs d’un cabinet à l’autre. Mais ne commettez pas l’erreur de croire qu’un coût élevé est un gage de sérieux ou de meilleure défense ! Je vous conseille d’ailleurs de privilégier le paiement au forfait, plutôt que le paiement à l’heure. Si la procédure s’avère plus longue et plus complexe que prévue, cela vous évitera de payer une facture exorbitante. Dès le départ, pensez à négocier le montant du forfait et demandez à l’avocat de signer une convention d’honoraires : ce document écrit est une première base contractuelle fiable, qui présente les mêmes caractéristiques qu’un devis.  Si votre avocat facture des honoraire à l’heure, vous avez alors tout intérêt à contrôler sa facturation en demandant une fiche détaillée.

Vous devez aussi savoir que les tarifs annoncés sont toujours hors taxe : demandez à l’avocat de préciser son tarif TTC.

En tout état de cause, méfiez-vous d’un avocat qui vous dirait « on verra ça plus tard »…. la facture risque alors d’être particulièrement salée !

La disponibilité de l’avocat

Il est hors de question d’appeler votre avocat tout le temps pour lui faire part de vos états d’âme ou pour des petits détails anodins. En revanche, il doit être joignable ou vous rappeler dans les 48 heures si vous avez besoin de le contacter. Si votre avocat fait la sourde oreille et ne daigne pas répondre à vos appels, vous avez tout intérêt à en changer. Il doit aussi vous informer du suivi et des avancées de votre dossier.

Le choix de la procédure

Le discours de l’avocat doit être réaliste et viser une solution équilibrée, y compris quant aux choix de la procédure à suivre (divorce par consentement mutuel, divorce sur acceptation du principe de la rupture du mariage, divorce pour faute ou divorce pour altération définitive du lien conjugal). Mais ne perdez pas de vue l’essentiel : votre avocat est là pour vous représenter et respecter vos décisions. Certains avocats tenteront de vous pousser dans un divorce conflictuel et à ignorer volontairement un bon compromis… A vous d’exprimer alors avec fermeté votre volonté.

Nathalie Anjou

Recommencer sa vie sans refaire d’erreurs

2 février 2011


Après un divorce ou une séparation, l’envie est souvent grande de déclarer que c’est le moment où jamais de recommencer sa vie. Pourtant, l’idée même de « refaire sa vie » ou de « repartir à zéro » est en soi une illusion, puisque le passé ne s’efface pas. La vie va se poursuivre, tout simplement. Chacun a malgré tout entre ses mains le pouvoir de lui donner une orientation différente. Il n’est sans doute pas possible d’éviter totalement de refaire des erreurs, mais autant profiter de cette expérience douloureuse pour ne pas refaire les mêmes.

Prendre son temps et dresser le bilan de ses erreurs

Pour pouvoir démarrer une autre tranche de vie, encore faut-il avoir réalisé le deuil de la relation passée. En réalité, la façon dont une séparation survient importe peu : qu’elle soit décidée d’un commun accord ou à l’initiative d’un seul, elle reste une situation de crise qui vient bouleverser chacun des deux ex-conjoints. A l’heure où un mariage sur trois se solde par un divorce (selon l’INED, l’Institut National d’Etudes Démographiques, ce chiffre est même d’un mariage sur deux dans les grandes villes), l’enjeu n’est pas seulement psychologique mais aussi matériel et tangible. De la recherche d’un nouvel appartement, parfois d’un travail, jusqu’à l’organisation de la garde des enfants, le divorce a des répercussions très concrètes qu’il va falloir apprivoiser lentement.

Se familiariser avec cette nouvelle réalité, évacuer ses blocages et renouer avec sa propre identité demande alors du temps, variable d’un individu à l’autre. En la matière, il n’y a jamais de « norme ». Les émotions vont se bousculer, allant du déni à la tristesse, en passant par la colère. Parfois, elles s’entremêlent, semblent disparaître pour ressurgir avec la même force à l’occasion d’un doute ou d’une déception.

Il n’y a pas de recette miracle pour franchir ce cap, chacun avançant à son propre rythme. Se laisser la possibilité de prendre du recul est une étape indispensable pour parvenir à un équilibre. Il ne s’agit pas de dresser simplement un constat d’échec du couple, mais d’en déceler les raisons cachées. Quelles ont été les causes profondes qui ont abouti à la séparation ? Il n’est pas rare que les disputes ou le manque de communication du couple ne soient que la partie apparente d’un mal-être ou de frustrations enfouies. Il arrive notamment que l’époux qui a sacrifié sa carrière pour privilégier l’éducation des enfants vive mal cette relation de dépendance financière et finisse par la reprocher, même inconsciemment, à son conjoint. Les conflits qui éclatent sur des sujets quotidiens ne sont alors que le révélateur d’une fracture au sein du couple.

Pour se projeter avec sérénité dans l’avenir, et peut-être renouer avec le plaisir de la vie à deux, il faut alors partir sur des bases plus saines, en ayant déterminé au préalable ses souhaits, ses besoins, et ses aspirations.

Accepter le changement et s’ouvrir aux autres

Une rupture implique nécessairement une période transitoire pendant laquelle il va falloir se réapproprier son nouveau « soi » : l’environnement relationnel se transforme, et avec lui, la perception de sa propre identité. Plutôt que de sombrer dans le ressentiment, il est alors important d’accepter les évènements comme étant les étapes nécessaires de sa propre transformation. Quitte à se faire accompagner par un psychologue pour arriver à envisager l’avenir et pouvoir exprimer à haute voix son état émotionnel.

L’essentiel reste de briser le cercle de la solitude qui entretient un processus de pensées négatives et dévastatrices. En effet, face à la perte d’un statut social préétabli, le premier réflexe instinctif est souvent de se replier sur soi-même pour éviter de se confronter au regard des autres. Mais cette peur du contact extérieur est avant tout liée au trouble émotionnel qui suit la séparation. La crainte de n’être pas assez intéressant, de ne pas pouvoir être aimé pour soi-même finit par déclencher de véritables inhibitions. Cependant, c’est au contraire en s’ouvrant à de nouvelles amitiés et en multipliant les activités que la personnalité du divorcé pourra pleinement s’épanouir. Retrouver le plaisir simple du partage et savourer l’instant présent sont des moteurs fabuleux pour raviver la confiance et l’estime de soi.

Pour ne pas refaire les mêmes erreurs, il faut ainsi être capable de s’aimer et d’assimiler les leçons de son passé afin de mieux s’en libérer. En balayant les illusions et les mirages qui ont empoisonné une première union, chacun se donne les moyens de s’investir sereinement dans une nouvelle vie de couple. Tout simplement car pour accueillir une autre individualité, il faut aimer et connaître la sienne, dans tous ses paradoxes et ses apparentes contradictions. Oser se présenter tel que l’on est, sans faux-semblants et sans jouer un rôle, a en effet une vertu capitale : les autres vont aiment pour vous-même.

Nathalie Anjou

Est-il possible de refuser le divorce ?

3 janvier 2011

Le divorce représente bien plus que la fin d’un mariage : il est l’évènement qui cristallise un point de non retour dans ce qui fut une histoire d’amour. Il emporte avec lui les illusions, les rêves et une certaine vision de la vie à deux que les conjoints partageaient au moment où ils ont formalisé leur union. Alors parfois, face à une certaine confusion des sentiments, mais aussi à la pression familiale, religieuse, sociale, il arrive que l’un des époux refuse l’idée même d’une séparation.

Mais, en réalité, est-il vraiment possible de s’opposer à son propre divorce ? Lorsque celui qui souhaite divorcer n’a aucune faute à imputer à son conjoint, la situation pourrait vite s’avérer d’une complexité absolue. En introduisant le divorce pour altération du lien conjugal en 2004, régi par les articles 237 et 238 du Code Civil, le législateur a considérablement fait évoluer le droit français du divorce.

Le principe du divorce pour altération définitive du lien conjugal

Contrairement à l’ancien divorce pour rupture de la vie commune, le divorce pour altération définitive du lien conjugal repose sur un principe simple : personne ne peut être contraint à rester marié contre sa volonté. La seule condition nécessaire pour pouvoir effectivement divorcer est liée à la communauté de vie : si les époux sont séparés depuis plus de deux ans au moment de l’assignation, alors le divorce sera systématiquement prononcé car « le lien conjugal est définitivement altéré. » (Article 237 du Code Civil)

Maryse, 48 ans, en a fait l’expérience : «Je savais bien qu’il y avait des problèmes entre Bernard et moi, mais pas au point d’imaginer qu’il pourrait demander le divorce. Il a souhaité partir pour recommencer sa vie, malgré ma volonté de donner une autre chance à notre couple. J’ai tout essayé pour l’empêcher de briser notre foyer. Mais malgré toutes mes tentatives pour renouer le dialogue, il n’est jamais revenu sur sa décision. Et je suis maintenant divorcée, contre mon gré. »

Toutefois, même si elle est compliquée à vivre, cette nouvelle disposition législative est le plus souvent vécue comme une véritable libération pour celui qui veut partir. Emma, 34 ans, se souvient : « Je n’ai pas décidé de divorcer du jour au lendemain. Mais au bout d’un moment, j’ai été contrainte d’admettre la réalité : je n’aimais plus Fabrice, et lui non plus d’ailleurs. Notre quotidien était devenu une succession d’habitudes et d’indifférences. Mais ses convictions religieuses et le poids des traditions familiales lui interdisaient le divorce. Alors je suis partie, et malgré ses récriminations et ses menaces, j’ai tenu bon. Au bout de deux ans, j’ai enfin pu être libérée de ce que je vivais comme un cauchemar. »

Attention cependant : ce délai de deux ans n’est valable que si les époux ont notoirement rompu toute communauté de vie, sans interruption, depuis au moins deux ans. Concrètement, cela signifie qu’en cas de réconciliation manifeste, même temporaire, ce délai peut repartir à zéro. D’ailleurs, si les conjoints ne sont pas encore séparés au moment de la demande en divorce, le point de départ du délai sera alors fixé à l’ordonnance de non conciliation.

L’absence de faute du demandeur

Il est important de comprendre que le conjoint qui demande ce type de divorce n’est pas considéré comme fautif. Faut-il pour autant en déduire qu’il importe peu qu’un époux quitte sa femme pour vivre seul ou pour rejoindre sa maîtresse ? Pas du tout. En effet, l’époux(se) qui s’opposerait au divorce peut réagir en réclamant le divorce pour faute. Dans ce cas, l’époux demandeur peut aussi former une demande reconventionnelle en divorce pour faute. Le juge examinera alors l’existence et les répercussions de ces fautes. Mais l’issue de la procédure demeurera identique.

D’ailleurs, si les futurs ex-époux finissent par trouver un terrain d’entente, il est tout à fait possible de basculer d’un divorce contentieux à un divorce pour consentement mutuel ou pour acceptation du principe de la rupture du mariage (dans ce cas, le désaccord porte uniquement sur les conséquences du divorce)

En tout état de cause, à l’inverse de l’ancien divorce pour rupture pour rupture de la vie commune, le divorce pour altération définitive du lien conjugal conserve l’intégralité de ses droits au conjoint demandeur. Cette notion d’absence de faute va alors avoir des répercussions financières parfois difficiles à admettre pour celui qui est quitté.

Pierre, 45 ans, ne décolère pas : « C’est Stéphanie qui est partie après 15 ans de mariage. Elle n’avait rien à me reprocher : je m’occupais d’elle, j’étais fidèle et présent pour nos enfants. Mais comme elle gagnait moins que mois, elle n’a pas hésité à réclamer une prestation compensatoire ! Depuis, je suis contraint de lui verser de l’argent, et je dois subir les désagréments de la garde alternée… ».

Nathalie Anjou.

Comment faire face aux réactions de l’entourage ?

1 novembre 2010

Un divorce ou une séparation est un changement profond dans la vie de chaque membre du couple : votre famille, vos amis communs et vos proches vont réagir très différemment et ils vont parfois avoir du mal à faire face à ce bouleversement…Pour les divorcés, le sentiment de solitude se double alors d’une impression de trahison et d’abandon.  Pourtant,  en prenant un peu de recul,  vous vous apercevrez que cette période transitoire est aussi une formidable opportunité pour assumer vos choix et poursuivre votre vie en étant en harmonie avec vous-même.

Les réactions de l’entourage : la fuite, l’hostilité ou le soutien

L’annonce d’un divorce fait parfois l’effet d’une bombe qui va exploser le réseau relationnel que s’était forgé le couple.  Chacun va alors se croire obligé de choisir un camp, le plus souvent dicté par des affinités plutôt que par une démarche rationnelle : le motif du divorce et ses causes réelles importent finalement assez peu.

Mais assez vite, et parfois même pour éviter de se prononcer, nombre d’ « amis » préfèrent s’éloigner et prendre du recul face à ce qu’ils considèrent sans doute comme un échec. Véronique, 47 ans, se souvient : « Après mon divorce, j’étais très fragile psychologiquement. J’ai été vraiment déstabilisée par le vide que j’ai ressenti autour de moi : de nombreuses personnes ont cessé toute relation avec moi, ou m’évitaient, sans que j’arrive à savoir pourquoi. Jusqu’au jour où une de mes amies a aussi pris la décision de divorcer. J’ai alors assisté en tant que spectatrice à ce que j’avais pu vivre. Et j’ai compris : tous ceux qui viennent puiser de l’harmonie et de la joie auprès d’un couple heureux fuient ce qu’ils perçoivent comme un déséquilibre et un échec ».

Chez certains, la séparation du couple peut même déclencher des réactions agressives ou hostiles, surtout lorsque les amis, eux-mêmes en couple, traversent des difficultés amoureuses. Le rejet du couple divorcé est alors une stratégie d’évitement pour ne pas avoir à se confronter à ce qui pourrait peut-être aussi leur arriver. Caroline, 38 ans, se souvient : « Dans l’ensemble, ma famille m’a soutenu lors de mon divorce, même s’ils aimaient beaucoup mon ex-mari. Mais avec ma mère, cela a été catastrophique. Elle me reprochait sans cesse mon divorce, et elle avait des mots très durs. J’ai cru que nous allions finir par cesser de nous voir tant nos rapports devenaient impossibles. J’ai fini par comprendre qu’elle m’en voulait d’oser divorcer, alors qu’elle restait enfermée dans un mariage avec quelqu’un qu’elle n’aimait plus. Dans sa logique, puisqu’elle se sacrifiait, il fallait que je me sacrifie aussi… » De même, un couple est une entité unique, rassurante pour les autres couples : en redevenant célibataires, les divorcés et les séparés sont parfois perçus comme une menace, même inconsciemment.

Alors évidemment, le soutien inconditionnel de certains proches est vécu comme une bénédiction. Cependant, il faut être attentif à ne pas se laisser envahir par des « bons sentiments » excessifs. Ceux qui vont rajouter de l’eau au moulin des critiques envers votre ex-conjoint ou ceux qui essaient de vous réconcilier avec lui en prenant les enfants pour prétexte ne sont d’aucune aide effective. Vincent, 52 ans, témoigne : « Lors de ma séparation puis de mon divorce, un de mes meilleurs amis n’arrêtait pas de dénigrer Pauline, mon ex-épouse, avec une violence qui me surprenait parfois. Un peu comme s’il piétinait mon histoire d’amour. Sur le moment, cela a augmenté ma colère et ma rancœur contre Pauline, et notre divorce s’est vraiment mal passé. Maintenant, je me dis que tout cela aurait pu être évité si j’avais simplement accepté de tourner la page sans me laisser influencer… ».
Le divorce ou la séparation : s’affirmer dans sa nouvelle vie

Le cas de Vincent n’est pas isolé. Trop de divorcés oublient qu’une période de changement est un excellent moment pour prendre un nouveau départ et pour se construire une vie plus conforme à ses aspirations.

Avec votre cercle de proches et au-delà, il est donc essentiel  de commencer par exprimer clairement vos besoins, et de ne pas vous laisser envahir. Il est tout à fait possible de dire : « Je n’ai pas trop envie de parler de mon divorce pour l’instant, j’ai davantage envie de me changer les idées en sortant ou en ayant d’autres sujets de conversation ». Les conseils sont toujours bons à prendre, à condition qu’ils émanent de personnes de confiance, que vous aurez choisi.

De même, si vous remarquez une tension ou un malaise, il ne faut pas se renfermer sur soi-même mais libérer la parole.  Certaines personnes peuvent être perturbées par votre divorce, tout simplement parce qu’elles vous apprécient mais qu’elles apprécient aussi votre ex-conjoint. Dans ce cas-là, en parler et montrer votre indépendance finira par restaurer la confiance et la sérénité dans vos relations.

Nathalie Anjou